Le budget, le déficit et la dette : ce qu'une promesse coûte vraiment
Chaque année, l'État vote une loi de finances qui fixe ses recettes et ses dépenses pour l'année suivante. Une promesse qui coûte de l'argent — plus de postes, une aide nouvelle, une baisse d'impôt — doit trouver sa place dans ce budget, soit par une économie ailleurs, soit par une recette nouvelle, soit par de la dette supplémentaire.
En 2025, le déficit public de la France s'est établi à 5,1 % du produit intérieur brut (PIB), soit 152,5 milliards d'euros, contre 5,8 % (169,1 milliards d'euros) en 2024 (source : Insee, comptes nationaux annuels, publiés en 2026). La dette publique atteignait 115,6 % du PIB fin 2025, puis 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026 (source : Insee, 25 juin 2026). Ces deux chiffres sont mécaniquement liés : tant que le déficit reste élevé, la dette continue de croître, même si son rythme de hausse peut ralentir.
Les traités européens fixent des valeurs de référence à ne pas dépasser durablement : un déficit public sous 3 % du PIB et une dette publique sous 60 % du PIB (traité de Maastricht, 1992). La France dépasse les deux depuis plusieurs années et fait l'objet, depuis 2024, d'une procédure européenne pour déficit excessif, qui l'oblige à présenter une trajectoire de retour sous ces seuils et l'expose, en théorie, à des sanctions financières si elle ne la respecte pas — des sanctions qui, en pratique, n'ont jamais été appliquées à un grand État membre.
Le budget 2026 illustre la difficulté de tenir ces contraintes avec une Assemblée nationale sans majorité claire : le projet de loi de finances a été rejeté une première fois par l'Assemblée nationale en novembre 2025, puis adopté par le recours à l'article 49.3 à plusieurs reprises en janvier et février 2026, avant d'être promulgué le 19 février 2026, avec près de deux mois de retard sur le calendrier budgétaire ordinaire, qui prévoit un vote avant le 31 décembre de l'année précédente (source : Légifrance, loi n° 2026-103 du 19 février 2026).
Quand un candidat annonce le « coût » d'une mesure, la première question à poser est : qui l'a chiffré ? Le candidat lui-même, son parti, ou un organisme indépendant comme la Cour des comptes, l'OFCE, l'Institut Montaigne ou la direction générale du Trésor ? Les chiffrages de programmes présidentiels donnent souvent des écarts importants entre l'estimation du candidat et celle d'un tiers indépendant, notamment sur les recettes attendues d'une mesure fiscale, qui rapporte rarement le montant théorique une fois pris en compte le changement de comportement des contribuables, et sur le rythme de mise en œuvre, une mesure présentée pour un an s'étalant parfois sur toute la durée du mandat.
Une dépense nouvelle peut aussi être financée par de la dette plutôt que par une économie ou un impôt : c'est un choix politique légitime, mais il a un coût différé. La charge de la dette — les intérêts que l'État verse chaque année à ceux qui lui ont prêté — dépend des taux d'intérêt du moment et grossit avec l'encours de la dette ; elle occupe déjà une part croissante du budget de l'État, avant même de financer un seul service public.
Retenir l'essentiel : un chiffrage vaut ce que vaut celui qui l'a fait. Un déficit financé par la dette déplace le coût dans le temps, il ne le supprime pas. Et la marge de manœuvre budgétaire de la France est aujourd'hui contrainte à la fois par ses propres engagements européens et par le rapport de force au Parlement.
Sources
Vérifiez votre compréhension
En 2025, quel a été le déficit public de la France selon l'Insee ?
Le déficit public s'est établi à 5,1 % du PIB en 2025 (152,5 milliards d'euros), contre 5,8 % en 2024, selon les comptes nationaux annuels de l'Insee.
Que fixent les traités européens comme valeurs de référence pour le déficit et la dette publics ?
Le traité de Maastricht fixe ces deux seuils. La France les dépasse largement et fait l'objet d'une procédure européenne pour déficit excessif depuis 2024.
Pourquoi faut-il regarder qui a chiffré le coût d'une promesse ?
Les chiffrages de programmes présidentiels montrent souvent des écarts entre l'estimation du candidat et celle d'un organisme indépendant, en particulier sur le rendement réel d'une mesure fiscale.